Explosion du lectorat de ce blog : 336.000 lectures cumulées

Effet probable de la conjonction d'une crise dont on ne sort pas, faute d'avoir pris les mesures qui s'imposaient comme nous le répétons inlassablement, et d'une élection présidentielle désastreuse tant elle a été biaisée par l'électoralisme le plus cynique, le lectorat de ce site a littéralement explosé dans l'année écoulée.

Depuis sa création en juin 2008, le nombre de lectures cumulées des articles de ce blog a évolué comme suit :

- Juin 2008-Juin 2009 :                   11.300 lectures

- Juin 2009 - Juin 2010 : 35.000 lectures

- Juin 2010- Juin 2011 :                  81.800 lectures

- Juin 2011 - Juin 2012 :             336.800 lectures.

Les articles les plus lus ont connu entre 2000 et 4000 lectures. Chaque article a été lu en moyenne par presque mille internautes différents.

Au total près de 35.000 lecteurs différents ont lu au moins un article. Une centaine de lecteurs ont lu tous les articles. Sur cette seule année le site a connu plus de 255.000 lectures, dont 221.000 ont eu lieu au premier semestre 2012.

Marquée par de lourdes inquiétudes économiques, l'élection présidentielle a probablement exacerbé un besoin de comprendre hors des canaux habituels les explications qui n'étaient pas données dans la presse et les médias audiovisuels. Notre lectorat est retombé à ses étiages habituels dès la fin du premier tour, lorsque tout était joué.

Beaucoup ont désormais intégré que la blogosphère était une source d'expertise plus ouverte et moins manipulée que la presse. Les journaux sont sensibles à leur positionnement et à leur viabilité économique. Le conformisme et l'urgence y règnent en maîtresses  exigeantes. Ces défauts deviennent criants lors des périodes électorales.

L'inconvénient des élections, pour les rédacteurs d'un blog économique qui entend d'abord décrypter les phénomènes économiques constatés  sans se préoccuper des positionnements partisans, c'est que des observations libres peuvent être justement considérées comme partisanes. Compte tenu de l'importance prise par l'Etat dans l'économie, cette dernière peut pâtir de mauvaises politiques. Elles sont portées par des partis. Les critiquer peut naturellement froisser ceux des lecteurs qui les soutiennent par principe. Il va de soi que les programmes électoraux sont le plus souvent parfaitement cyniques. Il faut tout de même dire que l'on a atteint lors de ces élections un sommet dans le genre. Comment ne pas les dénoncer ?

Le plus grave reste l'inconscience. Lorsque, sur la durée, les gouvernements et la cohorte de leurs conseillers ne comprennent pas le pourquoi ni le comment d'une crise économique gravissime et que le milieu médiatique, en France entre quelques mains seulement, ne fournit pas à l'opinion publique les explications qui lui permettraient au moins de savoir où l'on va, un sentiment d'accablement et de colère vous envahit.

Pendant quatre ans nous avons fait la chronique de cette inconscience.

Qui se rappelle qu'au début de l'été 2008  le monde politico médiatique dans son ensemble considérait qu'il n'y aurait pas de crise et que de nombreux économistes officiels niaient qu'il puisse seulement y en avoir une, écartant d'un revers de la main tous les indices, alors que nous égosillions à dire que la crise était pour septembre et qu'elle serait très grave ?  Après avoir annoncé que la crise était localisée sur une toute petite partie de la finance américaine, ils ont affirmé que la crise était purement américaine, puis purement anglo-saxonne, puis purement immobilière, puis…

Puis rien. Par un changement totale de perspectives les mêmes ont alors déclaré que la crise était inévitable, que la zone Euro était une structure malade etc.  

Nous avons été le miroir, autant que les contempteurs,  de cette ineptie récurrente dominante dans les médias.  

Qui se rappelle qu'à l'automne 2008 et au premier semestre 2009 le nouveau G.20 ne se préoccupait que du bonus des "traders", des règles comptables bancaires, des "subprimes" et autres fariboles ?

Qui se rappelle que certains voulaient des plans de relance gigantesques sans avoir fait le diagnostic que la crise était déjà une crise de la dette et que l'accroissement de la dette globale et son transfert sur les états les mettraient en grand danger?

Qui se rappelle…

Ce blog n'aura été qu'une longue chronique d'un désastre annoncé. Après quatre années de mesures d'urgence, de tentatives de calmer des paniques au lieu de régler les problèmes de fond, des pays entiers vivent un enfer économique. La France prisonnière d'une dépense publique démente et d'un sous emploi massif sort de l'histoire par la petite porte. L'Euro est à deux doigts de éclatement du fait de ses défauts de structure qu'il était interdit de signaler dans la presse tant la pression européiste était forte, juste qu'au virement de bord à 180°. Le monde stagne alors que des déséquilibres phénoménaux se sont accumulées et que la puissance américaine interdit qu'on en discute au fond.

Pour faire apparaître un minimum de vérité, il faut vaincre toutes les bouches à feu qui crient en France "vive la dépense publique, vive l'impôt", c'est-à-dire tout le bloc de l'énarchie compassionnelle , en Europe "vive l'euro", "vive le plus d'Europe", c'est-à-dire toute l'influence européiste dominante dans les médias,   dans le monde "vive la liberté totale des mouvements de capitaux", "vive les changes flottants", c'est-à-dire la toute puissance américaine mobilisée autour du dollar et du triomphe de la finance anglo-saxonne.

C'est beaucoup. On peut même dire que la tâche est impossible.

La seule solution était de prendre l'histoire à témoin, de la mettre avec soi au service de la vérité. Les résultats économiques ne mentent pas. Les erreurs de diagnostics et les mesures improvisées à courte vue ont été le quotidien de ces quatre dernières années. On voit les résultats aujourd'hui :

- La rigueur sans espoir en France, avec en prime  la destruction fiscale de la classe de ses entrepreneurs sous les applaudissements des imbéciles,

- Le désastre de la zone Euro, engagée dans une spirale déflationniste dans fin, avec des fédéralistes à la manœuvre pour rendre l'affaire définitivement intolérable.

- La stagnation et la récession menaçante partout dans le monde faute d'avoir réformé le système monétaire international et mobilisé les Etats sur des objectifs communs, avec la persistance d'une vulgate économique intéressée et débile imposée par les Etats-Unis et les anglo-saxons en général. .   

Aujourd'hui le Cercle des économistes e-toile, comme annoncé, prend un peu de recul. Nos thèses sont connues. Elles ont, croyons nous, reçu une confirmation expérimentale pendant ces quatre années. Nos billets sur ce blog  vont s'espacer en même temps que nous allons chercher d'autres formes d'influence.

Nous remercions les centaines d'entre vous qui nous ont soutenu par la fidélité de leur lecture pendant ces quatre années.   

Nous espérons que ceux qui voudront se pencher sur ces quatre années désespérantes et chercheront à comprendre ce qui s'est passé trouveront dans nos billets des éléments de réflexions et des constats intéressants. Nous avons à plusieurs reprises essayé de traduire le sentiment public tel qu'il était perceptible à certains moments de cette longue crise. Ces sentiments sont fugaces et si rapidement oubliés qu'on n'imagine pas qu'ils aient été possibles. Oui, à un moment, les Français regardaient la crise comme on regarde un défilé d'un balcon : les yeux étaient écarquillés mais le spectacle ne les concernait pas vraiment. Aujourd'hui alors qu'ils sont étrillés fiscalement, que le chômage atteint à nouveau 10% d'une population ,active comptée au plus juste,  que leur épargne est par terre, que même les fonctionnaires vont subir dans leur pouvoir d'achat une érosion certaine,  le sentiment de la crise devient psychose. Ceux qui étudieront la crise dans les années prochaines ne pourront pas percevoir ces évolutions de l'air du temps. Nous en avons conservé quelques volutes.

Nous avons pris à partie un certain nombre de personnalités, non pas pour elles-mêmes, mais pour la pédagogie que pouvaient recéler leurs erreurs manifestes. Quand on expose on s'expose et quand on se trompe parfois de façon caricaturale le commentaire critique peut être un peu raide. Qu'ils sachent tous ici que ce sont les idées exprimées qui ont été critiquées et non pas leur personne, pour laquelle nous avons presque toujours la plus grande considération.

Merci enfin à ceux qui nous ont encouragés de leur commentaires parfois depuis les tout premiers articles.

Didier Dufau économiste en chef du cercle des économistes e-toile.



La science économique en défaut ?

Notre trajet personnel nous a mis très tôt en contradiction avec la manière dont l’économie était enseignée et plus généralement  traitait ou ne traitait pas les faits économiques observables.

Une passe d’armes avec Raymond Barre, à la fin des années 60, alors enseignant d’économie à Sciences-po, a marqué le début d’une certaine réticence à prendre pour argent comptant même ce que le futur « meilleur économiste de France » avait à enseigner.

J’avais posé à cet éminent professeur la question suivante : « Je ne comprends pas. Dans le volume un de votre Thémis vous expliquez toutes les théories classiques et notamment son aboutissement, le modèle Walraso-parétien, qui décrète que les crises sont impossibles. Et dans le tome deux vous évoquez dans la lignée de Keynes toutes les méthodes employées pour lutter contre les crises. Où est la cohérence entre les deux volumes ? ».

Comme tout bon professeur compilateur, Raymond Barre avait empilé toutes les théories qu’il jugeait nécessaire que les élèves connaissent sans trop se préoccuper de faire le lien entre elles. Son manuel était une encyclopédie basée sur la juxtaposition pas une synthèse explicative convaincante.

La question posait un problème réel qui méritait une réponse circonstanciée. Raymond Barre choisit d’imaginer qu’il s’agissait d’une provocation  et fit plus de chaleur que de lumière.

45 ans plus tard on en est toujours là. Les tenants du néoclassicisme le plus pur ont tenté de démolir les apports de Keynes et formulé des modèles d’extension de la micro-économie à la macro économie. Tous ces modèles ou à peu près sont des dérivés du modèle Walrasien.  Et se sont révélés incapables de prévoir la crise de 2007 et suivantes. Les néokeynésiens sont eux pris dans le piège de la dette et des états devenus obèses. On en arrive aux délires de Krugman voulant remédier à une dette intenable par des dettes encore plus intenables.

Il y a une vingtaine d’années ou un peu plus les étudiants en économie s’étaient légèrement révoltés : on leur faisait gober des théories de plus en plus mathématiques mais aucune explication du réel n’était jamais tentée. Avoir fait de l’économie un salmigondis non opérationnel  les gênait. On les comprend.

C’est ce qui nous avait conduits à l’époque à modifier l’enseignement que nous exercions  à Sciences-po en orientant de plus en plus les réflexions vers l’observation du réel et son explication. 

Du coup nous avons formulé des critiques fondamentales aux idées dominantes de l’économie politique telle qu’elle était et reste  pratiquée et  enseignée.

Résumons-les :

Nous constatons qu’il existe des cycles et notamment le cycle de 8-10 ans. C’est une réalité indiscutable. Depuis 200 ans on peut tracer ce cycle avec une grande précision.  Un modèle qui explique qu’il ne peut y avoir de crise est en contradiction  avec les faits, donc faux. Le modèle Walraso-parétien est faux.  Partir d’une idée d’équilibre impose un raisonnement déviant : toute perturbation devient un choc externe qui vient perturber un état d’équilibre initial imaginaire. On ne s’intéresse plus qu’aux mécanismes du retour à l’équilibre, état normal de l’économie.  L’économie serait comme une blanche colombe que des vilains chercheraient à salir et qu’il conviendrait de défendre.  Il n’est même plus possible d’imaginer que les crises du système soient endogènes. L’observation montre qu’elles le sont pratiquement toutes. Alors des niais ne cessent d’expliquer les récessions par des évènements politiques ou des comportements déviants. La baisse des bourses de 87 : une crise des ordinateurs mal programmés. La crise de 73 : effets de la guerre au Moyen-Orient. La crise de 92-93 : effet de la guerre en Irak.  La crise de 98 : l’effet d’un régime de « cronies » dans les pays émergents.  La crise des NTIC : l’effet des patrons malhonnêtes spéculant à tout va. La crise de 2008 : les vilaines « subprimes ».  La crise en Europe : les vilains Grecs.  Etc.

La vulgate qui découle de l’idéologie de l’équilibre walraso-parétien, veut qu’une situation irénique soit constamment soumise à des chocs externes mal venus dont il convient de parer les conséquences en revenant à l’idéal initial. Sus aux vilains et tout ira bien !

En réalité l’économie capitaliste est en constant mouvement et comme un flot de lave se fige, repart, fait exploser des bouchons,  etc.

Le moteur du cycle est la monnaie et le crédit. Des théories économiques qui ôtent toute place autonome à la monnaie et au crédit sont fausses.  Si on définit la loi de Say comme indiquant que les acteurs économiques échangent des produits contre de la monnaie mais que cette étape est transparente, la monnaie servant uniquement à acheter des produits, les produits finissant toujours par s’échanger contre des produits, alors la loi de Say est fausse. La monnaie n’est pas qu’un  voile ou un intermédiaire dans les échanges.  Elle tient un rôle spécifique comme variable d’ajustement et elle n’est pas gouvernée principalement par le taux d’intérêt.  Plus le niveau de vie augmente, plus l’épargne devient importante, plus les effets du crédit et de l’épargne deviennent cruciaux.

Autre aspect central : les théories qui oublient que l’Etat moderne joue un rôle majeur dans les économies où il dépense plus de 50% du PIB,  produit 20 à 25% du PIB et prélève la majeure partie de la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand  sont dès le départ mutilées.

Les théories qui oublient que les entreprises recherchent d’abord un surcroît de profit, donc une combinaison de facteurs de production qui en génère un sont des plaisanteries. Tous ceux qui sont habitués aux « business models » savent que les entreprises cherchent un profit en créant des barrières à l’entrée des concurrents, que ce soit des protections  liées à la taille, à l’innovation, à l’aide des états ou autres.  Leur « valeur » est pratiquement toujours définie par la garantie d’un flux régulier de recettes protégées par quelque chose.

Les théories qui font l’impasse sur l’incertitude, le risque, les démons psychologiques, comme la peur, la cupidité, ou tout simplement l’oubli  ne peuvent s’attaquer au réel.

Toute théorie qui croit qu’une nation est toute seule dans son coin et qu’il n’existe pas des mondes en coexistence et en conflit est par construction fausse.

Toute économie est un système et chaque système possède sa dynamique. Comprendre ces dynamiques, leurs interactions dans l’espace et dans le temps est l’objet même de la connaissance économique.

Toute économie est un système qui entre en réaction avec d’autres systèmes, l’écologie, la démographie, l’économie non monétaire de la gratuité, etc. Apprécier ces interactions et juger de leur capacité à porter la croissance ou au contraire la freiner est ici encore au cœur de la préoccupation économique.

Tout développement économique est un changement de structure qui peut être très lourd ! On n’est pas riche des mêmes choses dans tous les états économiques successifs. Une économie agricole fermée et sans innovation n’est pas une économie ouverte de l’information.

Même si la recherche de lois qui transcendent les structures est toujours souhaitable, il n’est pas sûr qu’il puisse y avoir de loi générale et encore moins exclusivement des lois générales unifiées.  Même les sciences dites dures n’y parviennent pas.

 Le lecteur vérifiera que ceux qui professent ou qui exercent professionnellement l’économie sont bien loin de ces préoccupations. Ils ne font que répéter une vulgate admise tout en se complaisant dans le commentaire après coup des grands évènements.  Surtout pas de risque.

En cas de crise ils parlent, après coup, de choc surprise, comme si la main invisible d’un troll avait asséné traitreusement  un coup de massue sur la tête de l’économie.  Face au choc il faut de la vertu. Le merveilleux système était à peine en train de se remettre du précédent mauvais coup quand il a dû en subir un autre. De nouveaux  vilains qui ne comprennent  rien à l’économie ont  de nouveau sapé les bases du retour à la santé.  Revenons vite à l’équilibre sacro-saint  et tout ira mieux et surtout n’y touchez plus vous pourriez le casser.

 Sur des théories fausses on a superposé des mathématiques de plus en plus complexes.  On arrive désormais à des modèles à plusieurs milliers de variables et d’équations mais qui sont fondés sur des prémisses fausses et parfois ridiculement loin de la réalité. Compliquer une erreur ne la rend pas juste.  C’est la raison pour laquelle aucun des modèles n’a prévu la crise. 

Le pire dans le domaine est l’apparition d’une science financière pratiquement déconnectée de l’économie générale  qui à force d’algorithmes complexes  et d’ordinateurs a cru pouvoir se substituer au moignon d’économie monétaire.  De modèles alambiqués en modèles faux on en est venu à ne même pas voir que la dette globale par rapport au PIB arrivait à des sommets intenables dans tous les pays développés. Un risque systémique énorme et évident a échappé aux observateurs qui plongés dans les efforts mathématiques les plus subtils croyaient gérer le risque au plus fin.  Des illusions microscopiques ont évité de voir l’énormité macroscopique de la dette globale !

 On dira : « qui êtes- vous donc pour contester aussi fortement des pans entiers de la vulgate économique dominante.  Nous avons des universitaires éminents, évidemment éminents. Et des professionnels que l’on voit partout, ils doivent donc être les représentants qualifiés d’une science reconnue.  Certes ils se battent   à chaque fois qu’ils passent à la télévision et il  semble  y avoir autant de vérités que d’économistes (sans compter Monsieur Keynes aurait dit Churchill), ce qui laisse craindre que leur science soit bien incertaine ou contradictoire. Mais enfin, vous ne pouvez être seul à jouer ainsi les francs-tireurs ».

On pourrait ajouter que trop souvent nos propres thèses se mêlent avec les élucubrations de mouvements  parfois parfaitement détestables.  « Ne craignez-vous pas la marginalité sectaire ? » nous a écrit un lecteur de ce blog.

Non !  N’appartenant à aucune mouvance, à aucun groupement d’intérêts, à aucun parti, nous ne comptons que sur notre capacité d’observation  et d’analyse. Et n’avons rien d’autre à proposer que la comparaison entre prévision et réalité. L’histoire qui se réalise est notre seule preuve.

Maintenant, il existe beaucoup d’ouvrages qui contestent la vulgate sur un point ou sur un autre. Le  livre de Steve Keen, « Debunking economics – The naked emperor dethroned », chez Zed- books, 2011 est un effort intéressant.  Il est malheureusement en anglais,  difficile à trouver, coûteux  et d’un accès technique que beaucoup trouveront rebutant.  

Nous ne connaissions pas cet auteur et il faut dire qu’il réussit à localiser beaucoup des anomalies théoriques et pratiques que nous ne cessons de dénoncer.  Un bon auteur étant un auteur qui pense largement comme vous, c’est un livre remarquable.

Inutile d’essayer de résumer les 500 pages très théoriques et parfois mathématiques. Notons simplement que l’auteur prouve sans trop de difficulté qu’on ne peut pas passer d’une loi de l’offre et de la demande concernant deux personnes à une loi identique pour « n » personnes. La généralisation ne marche pas. De même il dénonce, comme nous, le réductionnisme qui veut que le tout s’explique par les parties. En un mot les lois de la microéconomie ne sont pas nécessairement vraies en macro économie, ou, autre manière de dire la même chose, la macro économie n’est pas la consolidation de la microéconomie.   Il a la bonne idée de noter que la loi de Say ne tient pas compte du crédit et de la monnaie et qu’il existe une dynamique monétaire qui a ses lois propres.

Les étudiants découvriront ce qu’on ne leur dit pas toujours, à savoir que Hicks, base de tous les modèles IS/LM réputés keynésiens, a largement trahi Keynes et qu’il finira par le reconnaître.  Ils comprendront pourquoi les modèles sont généralement stériles et ne prévoient pas les crises.

L’ouvrage tombe un peu trop  facilement dans le ton  racoleur, et cherche parfois  à trop prouver. Dans son approche  « marketing » de démolir la vulgate en cours il oublie  de proposer des substituts et il rate beaucoup d’observations utiles.  Le lecteur finit par considérer qu’on a cassé ses jouets sans rien proposer pour les remplacer, ce qui est désagréable.  L’auteur l’écrit sans ambages : « A complete ready made replacement doesn’t exist ».   Pas de théorie générale de substitution : le lecteur n’aura droit qu’à des pistes de réflexion, autour :

 

-          de Minsky, le premier à avoir réellement intégré la monnaie et les comportements financiers réels dans ses analyses, 

-          d’une certaine prise en considération de  Marx pour  son mérite de proposer une vision dynamique et non statique du capitalisme, même s’il a tiré des conclusions fausses et cautionné des régimes abjects.

-          de l’économie politique évolutionniste qui ne part pas de postulats d’identité comportementale des agents mais de leur diversité, de leurs interactions avec l’environnement, de leurs conflits. Pour un évolutionniste il n’y a pas « un chemin » mais une variété de solutions contingentes.  Adieu la pensée unique.

En revanche, en montrant ce que la vulgate américaine néoclassique  a de controuvé, (le reste du monde est  ignoré comme toujours par les auteurs américains, dont l’américano centrisme est le moindre défaut), il permet de comprendre les propos conventionnels tenus pour acquis dans les cénacles comme le FMI, les banques centrales ou la presse anglo-saxonne. Il révèle un monde assez monstrueux de perroquets à côté de la plaque que l’on retrouve dans le suivisme des économistes officiels et des hommes politiques  européens et français, ces derniers ayant, en plus, une tendance à la pensée-zéro (en Kelvin).

Il est clair qu’une pensée dominante fausse a enfanté les institutions de la crise, la crise, la non solution de la crise, la permanence de la crise et son amplification.

On ne sortira pas de l’énorme crise de la dette qui nous ensevelit sans un changement de conceptions économiques. Nous avons la faiblesse de penser que nombre des modestes  idées que nous avons exprimées pendant quatre ans sur ce blog en réaction immédiate aux faits constatés  sont des briques utiles à cet aggiornamento.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Hommage à Christian Saint-Etienne

Il nous arrive ici de critiquer vertement certains économistes "officiels" ou parlant ex cathedra.  Raison de plus pour rendre hommage à la démission parfaitement justifiée de Christian Saint Etienne du CAE, ce machin créé  par Jospin pour amuser ses copains.

Il critique le retour aux 60 ans pour une partie des retraités. Il a raison.

Il critique l'abandon de la TVA sociale : il a raison.

Il critique la relance par la consommation avec le paiement cash de la rentrée. Il a raison.

Il critique le "choc fiscal" que prépare Hollande et son équipe dans un pays qui est au sommet de l'imposition possible : il a raison.

Il critique l'impôt "symbolique"  à 75% (110%) sur les "riches". Il a raison. 

Il est inquiet et attristé par les perspectives françaises. Il a raison.

Il le dit : il a raison.

Il en tire les conséquences : il a raison.

Il donne par constraste une image totalement irresponsable de Christian de Boissieu, Patrick Arthus, JP Berbèze, A.Bénazy-Quéré, Michel Didier, Jean-Paul Fitoussi, Michel Godet (qu'on avait connu mieux inspiré), Mathilde Lemoine et l'inénarrable Jean-Hervé Lorenzi. Faute de pensée enracinée dans les faits, faute de capacité d'analyser les causes de la crise, ils ont été absents de l'alerte en temps utile. Le plus souvent stipendiés par des banques, ils ont préféré la bonne soupe grasse et les postes officiels à la simple vérité depuis longtemps. Aujourd'hui ils cautionnent le plan Hollande qui est grotesque, politicien  et totalement contreproductif.  Honte à eux !  Et bravo à Christian Saint Etienne.

Mais l'alouette ne fait pas le printemps.

Les limites de la méthode Hollande

L'ancien ministre Allègre avait très bien décrit la méthode Hollande : on ne prend parti sur rien ; on dit oui et non en même temps ; on affirme très fort mais une pensée si faible et si contradictoire que l'auditeur ne finit par retenir que ce qu'il veut entendre, tout en ayant des doutes. Au bout d'un court moment rien d'utile ne se passe et tout le monde devient fou. Au bout d'un long moment, plus personne ne sait qui il est et tout le monde a perdu son temps.

Cette méthode a très bien marché pour Hollande : il s'est égosillé à ne rien dire. Tout en manipulant des "symboles" très forts comme la confiscation des avoirs des "riches" ou le retour à la retraite à 60 ans. J'ai dit mais je n'ai pas dit cela exactement mais je répète que je ferai ce que ne n'ai pas dit clairement mais avec fermeté etc. Les Français sont devant 5 ans de "oui mais non mais oui mais non mais bien sûr".

La réunion du G.20 a été un nouvel exemple de cette méthode. 

Le G.20 ne sert à rien. Les Etats ayant décidé de ne rien réformer des causes réelles de la crise, les défauts du système monétaire international, et au contraire de les aggraver, un tel conclave n'a strictement aucun intérêt. M. Hollande n'ayant présenté aucune explication de la crise sinon que la finance était son ennemi et aucune solution, il n'avait rien à dire. En proposant une politique intérieure incompatible avec celles des autres voire carrément contradictoire, il se mettait en position d'être brocardé. Il l'aura donc été. Sous le forme d'un appel du voisin britannique aux entreprises françaises : venez donc chez nous, l'air fiscal est plus agréable !  

Le discours final du représentant français sera donc pathétique :  "bien sûr notre projet de taxe sur les transactions financières ne figurera pas dans le communiqué du G.20 mais il ressortira ailleurs plus tard".  Et c'est tout.  En un mot : "je n'ai pas été écouté ici mais je le serai ailleurs un jour peut-être et je m'en fous, j'ai été élu président, je n'en reviens pas et je suis bien content de m'agiter ainsi malgré mon impuissance et mon ridicule".

Pourquoi ce projet de taxe financière serait-il la solution ?  Et la solution à quoi ? On retombe dans le sarkozisme pur et dur, cette forme de sauve-qui-peut permanent en piquant n'importe où les idées qui plombent l'air du temps mais qui donnent l'impression qu'on fait quelque chose.

Ce G.20 aura été navrant. Sa principale conclusion est qu'il faut séparer les banques et les états. Les banques doivent mettre des pare-feux contre les états et les états des pare-feux contre les banques. Seulement voilà, les banques sont virtuellement en faillite, les dettes globales irrécouvrables dépassant leur capital de plusieurs multiples. Partout. Et les Etats sont tous en faillite virtuelle, leurs recettes étant insuffisantes pour faire face à leurs engagements surtout si la faillite des banques est actée. Les Etats qui disposent d'une banque centrale se sentent un peu plus fort car l'imprimerie peut suppléer les ressources que la production et les impôts ne donnent pas. Les banques centrales nationales fourniraient la "liquidité des banques". En vérité elles permettent aux banques de gagner du temps et de récurer progressivement leur bilan avec des gains purement artificiels. Et elles permettent aux banques de financer des états quand la législation ne permet pas un financement direct.   Autant dire que les états ont besoin des banques et les banques de l'état comme jamais.

Quant à l'Europe, elle a été délicieusement absente du G.20 comme acteur mais horriblement présente comme bouc émissaire honteux de la poursuite de la crise, mise en accusation par tous pour son incohérence, son incapacité à se structurer et la pression que le risque de son éclatement fait peser sur l'économie du monde.  En un mot tout le monde s'est essuyé les pieds sur l'Europe, vue comme l'homme malade du monde qui contamine le monde.  On a alors entendu les présidents Van Rompuy et Barroso riposter vigoureusement : attendez le sommet de Bruxelles  et vous verrez ce que vous verrez. D'accord rien ne sera décidé mais le rythme n'a pas d'importance ; c'est l'objectif qui est beau. Ce ne sont plus les états qui seront responsables des banques mais l'Europe. Il n'y aura plus de "place" nationale mais une place européenne.

Et hop sous prétexte de la crise on démantèle un peu plus les institutions nationales. En France où banque et état forment un couple fusionnel sous la houlette de l'Inspection des finances,  on attend la réaction de ce corps. Va-t-il demander la création d'un corps européen d'inspecteurs des finances où ils pourraient persévérer dans l'être malgré l'évanouissement de la nation ?    

A noter au passage que M. Barroso persiste à donner l'explication débile de la crise mondiale que nous dénonçons depuis le début : la crise est américaine et liée à l'effondrement des subprimes.

On en est toujours au niveau zéro absolu de la pensée économique.  

Une France ridiculisée et mal représentée, sort de l'affaire à la remorque de cette Europe supranationale là, nulle sur le fond  mais  contente d'agrandir son pré-carré. Le Président français ne se glorifie pas en se contentant de renvoyer lui aussi au sommet de Bruxelles, et en annonçant de nouvelles taxes, son dada habituel.

Que reste-t-il de la France, de son ambition de comprendre le monde, d'y jouer un grand rôle, de participer utilement à sa gouvernance ?

Au terme d'une campagne électorale tragique car entièrement basée sur les "cadeaux au peuple" et la dénonciation de boucs émissaires, un cocktail dont l'abjection est une tâche indélébile sur l'électorat et les élites politiques  qui le représentent, un président manœuvrier qui a aligné le pays à contre courant de tous,  cède à l'Europe fédérolâtre  et se terre dans l'insignifiance sous les quolibets lors  d'un sommet mondial, en comptant sur la com' pour que cela ne se voit pas trop.

Disons-le clairement : la France s'extirpe de l'histoire par la toute petite porte et les Français tout à la joie de ruiner fiscalement leur élites applaudissent des deux mains avant de danser de joie le 14 juillet sur leur pays disparu.  

C'est "l'hénaurme Bérurier", personnage bien de chez nous créé par Frédéric Dard qui avait raison : "quand on se roule dans la fosse à purin on ne sent plus la m…".  

On peut craindre que la méthode Hollande ne  conduise qu'à se pincer le nez de plus en plus fort. Allègre avait raison.   

Post scriptum : il parait que le G.20 a envoyé un message rassurant aux "marchés"

Remarques sur quelques propos récents d'économistes

Nous faisons sur ce blog une part importante aux attitudes. Dans les études du passé cette dimension manque toujours.  Les historiens se penchent sur les chiffres, les courbes, les livres, les déclarations publiques.  Ils restent généralement impuissants à détecter les courants de pensée, les attitudes, la psychologie des intervenants au moment des évènements.  Comme l'économie est largement politique  et qu'il y a qu'on le veuille ou non une sorte d'alchimie entre l'opinion générale et les politiques suivies, même si la rupture entre le peuple et les élites soit une caractéristique majeure des trente dernières années et a pris une dimension historique lors des dernières élections (l'abstention a battu tous les records au premier tour des présidentielles de 2012), il est important de savoir comme la réalité est perçue par le terrain. 

Parmi les acteurs de terrain les économistes sont  intéressants. Certes ils ne produisent pas , ni n'exportent mais ils trahissent peu ou prou l'explication qu'un observateur obligé de l'économie se donne des problèmes du moment.

A la veille d'une élection qui pourrait signifier la fin de la Grèce dans l'Euro et même la fin de l'Euro, alors que le système bancaire espagnole est en feu et  que l'électoralisme impénitent du nouveau président Hollande met à mal la relation avec l'Allemagne, sans que cela ait l'air de troubler trop ni le marché des changes ni celui des actions,  nous avons choisi de commenter l'analyse d'un économiste de la banque Oddo, une institution financière qui a réussi à trouver sa place dans la restructuration générale du métier d'agent de change et sa bancarisation, mais dont la note vient juste d'être dégradée par une agence de notation et de relever un article d'économistes paru dans le Monde.

Que dit notre économiste bancaire ?  

1. "la trajectoire de la dette espagnole est insoutenable. Quand nous parlons de dette espagnole, il s'agit de la dette globale, publique et privée. A partir d'un certain niveau, la distinction dette publique / dette privée perd de sa pertinence, car la dette privée devient publique."

Cette phrase est amusante parce que nous l'avions pratiquement écrite en…2006, non pas pour l'Espagne mais pour l'ensemble des pays de l'OCDE.  Comme nous l'avons fait si souvent remarquer, depuis 1971 l'ensemble de la dette globale qui était redescendue en dessous de 150% remonte dans ces pays, passe les 200 puis 250 puis 300 puis 350%.  Cette trajectoire était "insoutenable" et il nous paraissait qu'au prochain retournement du cycle ce nuage de dettes éclaterait. C'est pourquoi nous avions annoncé dès cette date une récession de grande ampleur pour 2009.

Nous sommes de ceux qui indiquent depuis toujours que la distinction dette publique /dette privée n'a pas de sens.  L'économie globale ne connait qu'une créance ou qu'une dette globale. Si elle est globalement irrécouvrable, elle l'est,  même si les aspects juridiques et techniques des deux dettes sont différents.

Ce qui est intéressant c'est de voir qu'après 5 ans de crise une vérité élémentaire GLOBALE commence à être comprise à un échelon NATIONAL, celui de l'Espagne. La Grèce était jusqu'ici considérée comme un cas particulier  où la malhonnêteté publique et le clanisme étaient seuls en cause.

Combien d'années supplémentaires faudra-t-il pour que même dans les services économiques des banques on en vienne à penser que tout le système est insoutenable ?  D'accord il ne faut pas décourager la clientèle…mais tout de même.

2. "Commençons par dire que nous ne savons rien de ce qui peut se passer dans les prochains jours".

Tous les économistes qui conseillent les sociétés de placement ont renoncé à faire quelques prévisions que ce soit.  Pourquoi ces sociétés recrutent-ils des économistes  ? Pour faire des prévisions. La situation est paradoxale.  

Une occasion de plus de rappeler qu'ils n'avaient pas vu la crise de 2007 venir (le blocage du marché interbancaire sera considéré comme "du jamais vu qu'on avait le plus grand mal à comprendre") et pire encore de 2008-2009.

Il suffit de se rapporter au paragraphe précédent pour comprendre que cette crise était facile à prévoir.

Le renoncement à la prévision et au conseil de la part des économistes est une des réalités à laquelle il serait bon de réfléchir. Pourquoi cette impuissance ? Un défaut structurel de la vulgate économique dominante ? Le poids des intérêts qui scelle les bouches ? L'indigence de la profession  ?

Cela dit, l'auteur réalise que tout dépendra des politiques et il est vrai que la dimension politique ne permet pas toujours de faire une prévision sensée.  Mais au moins on peut dire  "il se passera ceci si, et cela sinon".

3. "En parcourant les blogs économiques qui fleurissent sur la toile, on voit bien que les solutions à la crise ne manquent pas"

Il est tout à fait intéressant de voir que la blogosphère est devenue la source de l'expertise. Ce ne sont plus ni les articles de presse, ni les discours officiels qui font référence. Il est vrai que la presse en général et les officiels en particulier ont montré une indigence tellement consternante aussi bien dans la prévision de la crise, de la compréhension de ses causes, de l'anticipation des mesures prises et surtout non prises, qu'on comprend que plus personne n'y cherche de solutions. Y compris les économistes de banques qui considèrent que leur science ne leur apporte pas de solution et qui la cherchent ailleurs.

4. "Toutes ces solutions ont en commun de s'apparenter à l'un des trois types cités plus haut : la mutualisation, la monétisation, le défaut".

Ce qui est drôle est que la mutualisation est le principe même des "subprimes" : je mélange allègrement de la bonne dette avec de la mauvaise dette et je crois que tout va aller très bien.  Il est toujours curieux de voir des organismes qui se sont fait piéger par les "subprimes" et Oddo est une banque qui a collé des subprimes sans vergogne dans tous les portefeuilles gérés, de trouver qu'une solution de "subprime" mais à l'échelon européen serait fantastique. 

Tout aussi drôle est de consacrer comme panacée la monétisation de la dette comme si elle n'était pas interdite  par le traité de Maastricht. Il y aurait donc quelques défauts de structure dans la zone Euro ? Il ne s'agit plus seulement de l'Espagne. On ne nous en avez rien dit ! On découvre soudain.  On n'en tire quelle conclusion ?   Vive la planche à billets, les autres nations , ceux qui peuvent laisser aller leur banque centrale, allant tellement bien !

Quant au défaut, il veut dire que les portefeuilles gérés par Oddo sont en très grand danger car un défaut général de tous les pays qui ont dépassé 350% de dette globale les mettrait totalement à sec.  Que faut-il comprendre ? Qu'il faut vite sortir ses fonds d'Oddo pour courir les mettre dans une banque allemande ou suisse ou dans du bien réel déjà surévalué ?

Ce court examen démontre plusieurs de nos assertions récurrentes.

Oui il fallait regarder la dette globale et cette remontée fantastique depuis 1971 de son encours et le fait qu'un peu partout elle dépassait 350% du PIB, un taux intenable. Corollaire : il fallait comprendre pourquoi cette hausse a eu lieu. Faute de ce minimum d'analyse, les écrits économiques flottent comme les yeux dans le bouillon. On sait que pour nous la cause est à chercher dans les défauts du système monétaire international. La création de liquidité s'est faite par cette porte là et n'a pas cesser depuis. La première solution à évoquer est donc la réforme du système monétaire international.

Oui le système de l'Euro est incohérent. Nous avons essayé inlassablement de montrer pourquoi. Il valait mieux une monnaie de référence avec des monnaies nationales à taux fixe mais ajustables. La vraie question est de savoir comment on réforme la zone Euro pour qu'elle cesse de souffrir de ses défauts de construction. Des expédients à court terme ne suffisent pas. Il faut une CONCEPTION explicite et solide,  à la fois économique et politique.  Sans cette conception, rien ne peut se faire. Où est elle décrite ?

Oui c'est la panique générale, et on ne cherche depuis 5 ans, au G.20, comme en Europe, comme en France, à gagner du temps, à masquer que la faillite générale est là. Il ne reste plus que des expédients. Faute de réforme du système monétaire international, faute de réforme du système monétaire européen,  les peuples n'ont qu'à subir les foucades des politiques nationales hébétées (La Grèce)  ou inconséquentes (la France)  et les réactions des marchés et des autorités dites de régulation qui ne régulent rien du tout.

Il est amusant que l'économiste d'Oddo n'ait pas cité une source de sortie de crise : la croissance. Ne croirait-il pas notre président  qui en a fait sa mantra ? Il est vrai qu'en mettant en œuvre la politique "d'achat de l'électeur" par de la dette et de la dépense publique gagée sur le vol des "riches", dont Oddo gère l'épargne, le fumet Hollandais n'est pas particulièrement ragoûtant.  

Tout cela donne une image tragique de l'impuissance et du décalage qui frappe les économistes professionnels français face à la crise mondiale qui frappe.

Incapables de comprendre que la cause est dans le système monétaire international, ils ne comprennent pas qu'il faut complètement repenser le secteur "des marchés" financiers. Ceux-ci sont mythifiés et considérés comme des bazars incontrôlables par personne. Billevesées !  Lorsque le monde s'est retrouvé en 1944 avec un tas de dettes vertigineuses, il a été compris qu'il fallait un effort ordonné de croissance qui passait par des changes fixes, des responsabilités d'état sur le change des monnaies, une coopération surveillée par un organe sévère, le FMI. Dès qu'on a démantelé ce dispositif, tout s'est mis à chanceler jusqu'à l'écroulement actuel.

Il faut donc reconstruire un système monétaire international mais sans les défauts rédhibitoires du précédent, dont le principal était l'absence de paritarisme.  Cela réduira drastiquement de nombreux marchés financiers. Et alors ? La spéculation sur le Forex de robots qui génèrent des millions d'ordres sans aucun rapport avec les flux économiques réels est-elle à ce point merveilleuse ?

Cela permettra que tous les pays repartent vers la croissance de façon coordonnée avec interdiction de trop gros déficits et de trop gros excédents de balance commerciale.

Vous avez dit croissance ? Alors il faut lire le journal Le Monde (daté du 15 juin) où Jean Gadrey et Florence Jany-Katri, professeurs d'économie à Lille et Dominique Méda  professeure (beurk ce "e" inutile et hideux)  de sociologie  à Paris Dauphine, d'illustres inconnus n'ayant jamais annoncé ni éclairé la crise actuelle, se croient obligés d'expliquer qu'il ne faut pas faire l'apologie de la croissance.

En général quand des économistes universitaires se mettent à plusieurs, c'est mauvais signe. Quand en plus ils s'adjoignent un sociologue (ou un philosophe)  on est à peu près sûr du désastre. Si les idées sont bonnes elles n'ont pas besoin du support du nombre. L'accumulation des titres universitaires rend plutôt suspect le moindre articulet.

Ces athlètes de la pensée économique ont donc uni leur force pour pondre cette phrase positivement géniale qui mériterait qu'ils se fassent vider de leur université avec un magistral coup de pied au bas du dos. Nous citons sans rire :

"Cet argument (en faveur de la croissance NDLR) intègre dans la période récente  la conviction que la crise des dettes publiques exigent le retour d'une croissance aussi forte que possible  oubliant que cette crise est apparue aux Etats-Unis …au terme d'une période de croissance ! "

Imagine-t-on que deux puissants agronomes soutenus naturellement par une professeur(e) de sociologie aient écrit dans le journal Le Monde : " Ceux qui demandent le retour du beau temps  le font en oubliant que le mauvais temps est apparu … après une période de beau temps". Très probablement les paysans du coin les auraient balancés dans la mare la plus proche.

On se pince. On relit la phrase. Mais non on n'a pas rêvé !

Là on est au sublime de la pensée économique lilloise et on met en jeu, sans hésitation,  la réputation de Paris-Dauphine pour expliquer que la récession suivant une période d'expansion la période d'expansion est malvenue. Faut-il en rire ou en pleurer ? On sait que malheureusement de nombreux professeurs d'économie français sont très au dessous du niveau minimum souhaitable, surtout en matière monétaire. C'est une affaire qui date des années 60 mais qui n'a fait qu'empirer.

L'enseignement universitaire de l'économie comme la Justice en général, sont deux administrations effondrées où le niveau des personnels est devenu absolument consternant. .  

Mais là on touche le fond.  Et un journal national ose publier de pareilles âneries ?

Evidemment nous ne rapprochons pas les sottises de ces trois olibrius (l'article baigne dans la même bêtise crasse de la première à la dernière ligne)  avec le bulletin d'Oddo.  Ce dernier démontre le temps qu'il a fallu pour qu'un peu lumière finisse par filtrer et la difficulté qu'il y a à étendre à la réalité globale les lueurs entre aperçues avec l'Espagne. Le second témoigne de la nullité universitaire ambiante.

Dans les deux cas on voit combien les journalistes , hommes politiques et finalement, le peuple lui-même, sont mal aidés par les professionnels qui auraient du prévenir et éclairer au moins l'aspect économique de la politique française.

On dira : ce n'est pas proprement français. Voyez le plan de Lisbonne qui devait faire de l'Europe en 2010 la partie du monde la plus compétitive. L'échec n'est pas léger : il est total. Cela n'a pas empêché de créer un nouveau plan 2020 présenté  par Barroso.  Que de l'émotion ! Que du politiquement correct ! Et un vide économique abyssal,  garantie absolue d'un nouvel échec total

On a souvent répété que la crise de 1929 était due à l'incompétence des hommes politiques et des citoyens en matière d'économie.  C'est exactement pareil pour le drame économique actuel. Sauf que cette fois-ci les économistes professionnels sont aussi en tête de cortège !  

 

 

Châteaux en Espagne

Comme nous l'avons expliqué depuis 5 ans le gonflement artificiel et monstrueux de la dette mondiale du fait des défauts du système monétaire international est la cause principale de la crise. La dette est en fait de la monnaie de banque, dont la contrepartie est l'épargne des citoyens. La déflation, c'est à dire la réduction de la dette, des dépôts et de la monnaie, peut toujours prendre un caractère cataclysmique et entraîner une grande dépression mondiale. Il est donc normal qu'on fasse extrêmement attention à la manière de liquider les excès de crédits.

Pour donner une mesure de la difficulté, la dette globale mondiale actuelle doit se situer autour de 100.000 milliards de dollars, dont environ 10% n'est gagée sur rien. C'est à dire qu'il n'y a aucun flux de trésorerie à espérer dans le futur pour rembourser.  Pour faire large, cela représente à peu près le PIB de la France.

Le capital des banques mondiales étant très inférieur à cette somme, on peut dire comme nous l'affirmons depuis le blocage de l'été 2007 du marché interbancaire que le système bancaire mondial est virtuellement en faillite.

D'astuces en ficelles, de contournements en expédients, les états essaient de masquer la réalité. En vain. La panique est partout qui entraîne des mouvements de protection de la part des épargnants qui aggravent les difficultés.  L'immobilier a doublé de valeur, comme l'or.  Les Grecs comme les Espagnols ont leur épargne en Allemagne ou en Suisse.

Madame Lagarde, du FMI, donne trois mois à l'Europe pour sauver l'Euro alors que la sortie de la Grèce du système pend au nez de tous.

Aujourd'hui les banques espagnoles sont en premières lignes. On "débloque" par des moyens peu clairs 100.000.000.000 pour les recapitaliser.  En un mot on ne constate pas la perte de 100 milliards d'Euros du système bancaire espagnol (en fait la perte est à peu près trois fois cela si on actait la décote de tous les actifs immobiliers à une valeur de vente possible). On fait de la dette masquée pour combler des pertes.   

Cinq ans déjà que l'on joue à ce petit jeu aux quatre coins de la planète.

Et toujours pas une seule analyse des mécanismes de cette dette fantasmagorique  et aucune mesure prise contre ses causes !

Le plus poétique dans l'affaire auront été le résultat des "stress tests" et les notes données par les agences de notation. Mensonge ? Illusion ? Bêtise ? Cynisme ?

Pendant ce temps là,  la presse s'occupe des "Tweets" du harem. On a Les lettres Persanes qu'on peut.   

On ne peut même pas dire qu'on danse avec grâce sur un volcan.   Le Fandango a du plomb dans l'aile.

Les thèses du Pr. Antal Fekete

Singulière expérience que de retrouver dans un livre récent presque mot à mot les thèses que nous défendons inlassablement dans la blogosphère depuis 1996. Ce livre est "le retour au standard or" du Pr Antal Fekete.  

Il tient, comme nous, que les crises ont une source principale : des dérèglements monétaires.

Il signale, comme nous, que le début de la crise est la décision de Nixon de couper le cordon entre or et dollar, introduisant un cours forcé de la monnaie administrative sur sa zone  et des cours flottants entre les différentes monnaies administratives.

Il montre, comme nous, que le FMI a perdu progressivement tout son rôle statutaire.

Il critique comme nous la Doxa imposée aux Universitaires qui veulent enseigner et aux économistes de cour et de média. Il montre la quasi impossibilité de faire carrière sans soumission à cette doxa imposée par les banques et les Etats.  Il charge les économistes officiels d'être des taiseux intéressés quand ils ne sont pas "vendus" aux intérêts bancaires et étatiques.

Il est très clair sur le fait que la  crise qui s'est étendue depuis la chute de Lehman-Brothers n'est pas une crise des subprimes,  des règles comptables ou des bonus et qu'on n'a toujours pas pris la moindre mesure  correctrice utile ce qui explique la durée de la crise. Une thèse que nous serinons sans relâche et qui et une des vocations de ce blog.

Il démontre facilement, comme nous-mêmes,  que la production d'or aurait permis de garder le rythme d'une croissance équilibrée dans les 50 dernières années, sans les pénuries annoncées par les sectateurs de la monnaie administrative à cours forcé.  

Bref l'auteur est de ceux qui comme nous considèrent que nous sommes arrivés à une forme d'explosion du système de monnaies administratives, gérées par des gnomes,  et s'échangeant entre elles sur des marchés à cours flottants.

Bravo et merci !  On se sent moins seul. Peut-être ceux qui nous lisent auront moins l'impression que nos thèses sont trop personnelles et aventurées, malgré leur rigueur intellectuelle et leur adaptation aux faits . Des économistes regardant les faits et eux seuls arrivent aux mêmes conclusions, ce qui est plutôt réconfortant.

Quels sont les points où l'auteur va plus loin que nous et ceux où nous divergeons ?

Sur le passé, l'auteur remarque que le 19ème siècle a été pendant tout le temps où l'or a continué à circuler librement nationalement et internationalement, un moment de croissance régulière globale de 5% l'an.  Certains calculs aboutissent plutôt à 3%. L'auteur oublie le cycle et les crises récurrentes qui étaient à l'époque particulièrement forte. On pouvait subir des reculs de PIB de 30 à 40% !  

Il attribue la responsabilité de la guerre de 14 aux mesures de 1909 sur le cours forcé/cours légal des principales monnaies. En fait c'est la crise de crédit terrible qui touche les Etats-Unis un peu avant qui expliquent les mesures prises et la guerre a des causes externes à la question monétaire. En revanche il voit juste lorsqu'il signale que la monnaie administrative à cours forcé a permis de maintenir la guerre totale pendant très longtemps, alors que faute d'or, elle se serait arrêtée plus tôt.   

Il analyse l'échec du retour à l'étalon or de la fin des années 20 par le refus de recréer un marché des créances obligataires  ou d'escompte rattaché à l'or. Cette décision aurait été  secrète. le but était de dégager les Etats de leur sujétion vis-à-vis de l'or. Les états ne voulaient pas que l'épargnant privilégie les créances privées remboursables en or pour fourguer son papier monnaie.  Du coup la licence de création de monnaies administratives a créé un emballement des dettes qui a fini par exploser en 29, alors que les dettes de guerre restaient énormes et généralement irrécouvrables. Nous sommes plus nuancés : la crise est directement liée au gold exchange standard et aux doubles pyramides de crédit qu'il a permis. Mais il était à peu près impossible de revenir à un pur étalon or, ce dernier ayant été capté par un seul pays, les Etats-Unis.  

Il est vrai qu'il défend le rôle des effets-or (titre à trois mois gagés sur l'or et pouvant se négocier internationalement)  avec des raisonnements très clairs et démontre qu'en l'absence de ce mécanisme de produits dérivés de l'or, un système d'étalon or ne peut pas fonctionner bien. L'auteur croit au rôle indispensable d'une chambre de compensation de créances-or à 90 jours, sur une base nationale et internationale.

A contrario le développement des effets-or permettait de financer les salaires et le plein emploi. L'auteur associe chômage structurel et monnaies papier à cours légal exclusif.  "L'évidente porte de sortie est la résurrection du Fonds des salaires qui permettrait la circulation spontanée des Effets réels qui ont été utilisés pour la dernière fois en 1914". "Un vrai effet-or pour être utile doit mûrir en un instrument financier supérieur. Sinon il ne circule pas. Par conséquents la réhabilitation des effets signifie la réhabilitation simultanée du standard-or les deux allant ensemble comme une main et un gant".

Sans nier le moins du monde la réalité de ce raisonnement, il convient de noter que les trente glorieuses ont été possibles sans ce mécanisme. Mais il y avait une certaine forme de rattachement général des monnaies à l'or, même si c'était via le dollar lui-même rattaché, et les changes étaient fixes même s'ils restaient ajustables. Bien sûr comme nous l'avons expliqué dans différents billets  ce système finira par exploser. Mais, corrigé, il nous semble devoir rester un bon système, sans nécessairement passer par un étalon-or pur et dur.

Antal Fekete défends aussi l'idée que les taux d'intérêt très bas sont destructeurs de l'emploi et de la prospérité. Nous avons-nous-mêmes défendu cette thèse contre Alan Greenspan dans les années 90 et au début des années 2000. Une sorte de croyance populaire assimile  taux très bas à prospérité. En vérité les taux très bas anéantissent le capital  qui disparait. Pourquoi conserver du capital stérile ? Les taux d'intérêts trop bas ne peuvent que financer des bulles qui explosent au final.    On répète dans les cours d'économie que la baisse du taux d'intérêt fait hausser les cours d'action.  Il suffit de constater aujourd'hui que les taux sont historiquement bas EN MEME TEMPS que les bourses sont au plancher ! Paradoxe ? Non, normalité.  Les taux d'intérêt trop bas poussent les banques à enflammer le marché des prêts donc des dettes pour se rattraper sur la quantité. Les risques augmentent. Ensuite elles réclament des taux de refinancement nul ou même négatif pour refinancer leur dette, ouvrant un cercle vicieux mortifère.

D'où cette phrase à donner à méditer aux étudiants en économie : "Le secteur financier a siphonné les capitaux des comptes de production". Puis  : "La crise bancaire actuelle est le résultat du nettoyage des capitaux du secteur financier, par le même processus qui a anéanti les capitaux du secteur de production".

Au passage l'auteur aborde une question que nous avons également traitée : la vente au plus bas de l'or de la France par Nicolas Sarkozy. Cette mesure incompréhensible et dommageable n'a, pour l'auteur, qu'une raison : complaire aux Etats-Unis décidés à éviter que le dollar se fracasse sur le mur de l'or. " En vendant le patrimoine de la France , Sarkozy s'est exposé comme le petit caniche du gouvernement américain".  Un peu plus tard il voudra imposer les "subprimes à la française" sur le modèle américain… RIP !     

Point intéressant, notre professeur attire l'attention sur les conséquences d'une augmentation de la dette au delà de 100% du PIB en système de changes flottants de monnaies administratives.  Alors qu'en régime d'étalon or un accroissement de 1% de la dette entraînait un accroissement de 3% du PIB, ce chiffre est devenu de plus en plus faible pour devenir négatif en 2006, précédent et annonçant la crise. Au fur et à mesure que la dette globale dépassait  250 puis 300 puis 350% du PIB l'ajout de dette entraînait progressivement non plus une croissance du PIB mais un recul !  

Rappelons que pour nous l'observation du gonflement de la dette globale a été le moyen le plus simple de prévoir la crise. "la production marginale de la dette est un tyran sans imagination"."Les débuts discrets de la dette irrécupérable se sont transformés en un édifice colossal".  

Finalement comme en sortir ? La solution du professeur Fekete est moins simpliste que le simple retour à l'étalon-or.  Elle consiste à permettre d'ajouter à la circulation monétaire papier une circulation de monnaie d'or et surtout de papier commercial rattaché à l'or.

C'est là une question  majeure : faut-il par exemple en Europe où les défauts de l'Euro sont patents et étouffent certains pays ajouter une autre monnaie de papier, l'Euro jouant dans ces pays  le rôle de réservoir de monnaie forte et tenant en quelque sorte le rôle de l'or ?  Ou faut-il carrément mettre l'Euro en concurrence avec l'or permettant à la fois d'assécher une partie de la dette grâce à l'or monétisé, d'augmenter la liquidité disponible et de rétablir la confiance dans les transactions ?

On reprochera à ce livre une tendance à voir des complots et à traiter de voleur une partie des élites monétaires. Mais il met sur la place publique des réflexions fondamentales et qui, de surcroît, corroborent sur beaucoup de points notre propre réflexion publique, même si elle diffère sur d'autres.

Nous ne saurions donc trop en recommander la lecture.  

 



Economie et politique

Un de nos lecteurs nous envoie un texte incendiaire sur le thème suivant : "tant que vous traitiez d'économie je vous lisais avec plaisir. Vos articles étaient originaux et m'apprenaient différentes choses qu'on ne trouve pas dans la presse. Mais lors des élections vous avez pris parti contre le Parti Socialiste, et vous faites de la politique. Vous vous êtes mis hors jeu".

Cette attitude est tout à fait classique. Nous l'avions déjà remarquée, dans le sens inverse, lorsque nous intervenions sur le forum du Monde. En 1997, c'était un gouvernement de gauche qui tenait les manettes et qui enchaînaient les erreurs. La dénonciation de ces erreurs plaisaient aux intervenants de droite. Lorsqu'on est passé à un gouvernement de droite, la critique est passée à droite, au grand dam des précédents.

Les erreurs ne sont ni de droite ni de gauche, ou si l'on préfère, elles sont  de droite et de gauche.

Il faut avoir une grille de lecture dégagée des engagements partisans. On peut heurter les partisans des deux bords sans avoir d'a priori pour un clan ou un autre.

En 1997, lorsque nous avons commencé à intervenir publiquement,  la difficulté provenait de ce que la France ne se remettait pas du coup de massue fiscal gigantesque de M. Alain Juppé rendu obligatoire par les folies Rocard, la crise de 93 et les obligations de Maastricht.  Pour l'observateur indépendant, les remarques à faire étaient importantes :

- Au nom de l'Europe de Maastricht la politique monétaire était trop restrictive en France

- Personne n'ayant conscience du cycle, on ne voyait pas que la croissance repartait dans le monde et qu'elle était à nouveau  créatrice d'emplois

- La révolution économique chinoise et ses conséquences n'étaient pas perçues.

- Les effets pervers du gonflement global de la dette et de la création monétaire  étaient masqués par les conséquences de la récession de 93.

- La crise en France avait été payée par le secteur marchand et l'énorme bloc de l'emploi public au contraire du nécessaire s'était renforcé.

L'erreur était  patente dans le camp socialiste.

Le camp "néolibéral" n'était pas indemne.

Aux Etats-Unis et dans le monde anglo-saxons on commençait déjà à tresser des couronnes de lauriers totalement abusives à M. Greenspan. Le déversement de liquidité paraissait fabuleux. La faillite de LTCM avait été mise sous le tapis.  Les défauts du système monétaire international étaient glorifiés comme des avancées déterminantes. Clinton venait de déverrouiller les subprimes. On discutait de nouvelles avancées dans les produits dérivés.

L'Europe rêvait de l'Euro et le préparait sans que le débat ne vienne jamais sur la complexité de la gestion d'une zone monétaire.

La France de Jospin pensait que "la fin du travail" était arrivée et qu'il fallait accroître encore les impôts tout en réduisant la durée du travail.

Lorsqu'on quand on critiquait la politique monétaire globale anglo-saxonne on était un "communiste", un anti européen maléfique si on évoquait les contraintes excessives de Maastricht et les illusions associées et un "fasciste" si on osait critiquer les mesures malthusiennes prises par le gouvernement Jospin.

En vérité, avec le retard classique, les esprit baignaient encore dans les affres de la crise de 92-93 ("Horreur économique", "fin du travail", etc.) et personne ne comprenait ce qui se passait sur le terrain, malgré des avertissements solides :

- L'affaire LTCM montrait qu'on ne maitrisait plus la finance.

- La crise dite des pays émergents allait montrer que le système monétaire international était en capilotade et ne survivait que par une fuite en avant permanente.

- L'affaire de la cagnotte montrait que les mesures prises par DSK allaient complètement à contrecourant du nécessaire.

Démontrer tout cela était difficile du fait des aspects en apparence contradictoires de la réalité :

- Comment dénoncer le gonflement démentiel de la liquidité internationale alors que les prix à la consommation n'augmentaient pas massivement et que Trichet menait une politique presque déflationniste ?

- Comment dénoncer les effets des 35 heures alors que le dispositif mis en place décalait dans le temps les conséquences (l'étouffement viendra en 2000 pas en 1997) et que la phase haute du cycle entraînait une hausse globale de l'emploi partout dans le monde et donc aussi en France ?    

On voit bien aujourd'hui que c'était à ce moment là qu'il fallait prendre de nombreuses mesures correctrices :

- Comprendre les méfaits des changes flottants et de la licence monétaire internationale et y mettre fin

- Arrêter le processus de Maastricht en privilégiant une monnaie de référence commune à une monnaie unique et en évitant l'abaissement totale des barrières douanières et en limitant les mouvements de capitaux à court terme

- Réformer en profondeur la France en dégonflant le secteur public, en réduisant dépenses publiques dettes et impôts, notamment dans les régions et en réformant drastiquement le système des retraites et la sécurité sociale.

C'est exactement l'inverse qui a été fait.

Toute dénonciation de ces erreurs se heurtait directement  aux choix idéologiques et politiques des uns ou des autres , voire parfois de tous les camps réunis.

Pour un socialiste le non travail et la surimposition c'est bien par nature. L'étouffement de l'entreprise sous un flot de contraintes légales, pénales, fiscales, écologiques, c'est formidable. Contredire cette vision était un acte d'hostilité.

Pour un libéral de droite, "qui connait l'économie", les folies boursières, les changes flottants, tout ce qui vient des Etats-Unis, Greenspan, c'est le bien. Contredire ce crédo était là encore  un acte d'hostilité. Avoir dénoncé par exemple les stocks options pour les entreprises du CAC sera considéré par nos soutiens du forum du Monde  comme une concession horrible à l'esprit "socialo-communiste".

Faut-il s'arrêter à ces considérations politiciennes ? Nous avons toujours pensé que non. La vérité n'est ni de droite ni de gauche.  Pas plus hier qu'aujourd'hui. Il y a fort à parier que dans quelques temps nos commentaires actuels passeront pour une évidence dont on comprendra mal qu'elle ait pu échapper à qui que ce soit.  

La politique pose à l'économie une grave question :  si les politiques ne comprennent pas ce qui se passe et prennent des mesures mal inspirées, est-ce le fait des électeurs qui exigent ce qu'ils attendent ou est-ce un problème d'expertise absente de la part d'une élite défaillante ? La démocratie joue-t-elle contre elle-même, si tant est que la prospérité soit un élément souhaitable de la démocratie ?

Les périodes électorales sont intéressantes de ce point de vue.

En 2007 nous avertissons Nicolas Sarkozy et son clan que la crise est à nos portes qu'elle sera grave, qu'il faut s'y préparer et qu'il faut surtout éviter d'affirmer que l'on gonflera le taux de croissance alors qu'on sera en pleine tempête. Il gagne en faisant campagne pour la rupture avec le "roi fainéant". Très bien. L'ennui c'est qu'il ne la fait pas et qu'il prend la crise en plein visage.

En 2012 c'est une campagne ignoble qui se met en place. Les deux camps considèrent qu'il ne faut rien dire des réels problèmes  et des politiques réelles qu'ils mèneront.  On sombre dans la chasse aux boucs émissaires et on multiplie les "cadeaux" débridés au peuple.

Désolé, à droite. L'absence de toute compréhension de la crise, de toute solution annoncée pour les problèmes mondiaux et européens, et le déversement de mesures catégorielles pusillanimes, ajoutés à une campagne de stigmatisation des étrangers, boucs émissaires de la crise, formaient un cocktail nauséabond.

Désolé, à gauche. L'absence de toute notion de ce qu'il faut faire pour réformer l'économie mondiale, notamment en matière monétaire et  l'absence, autre qu'incantatoire, de toute politique de réforme européenne, ajoutées à une chasse aux sorcières menées contre les "riches" qui paieront la crise au prix de mesures vexatoires et confiscatoires, formaient un cocktail nauséabond.

Oui nous trouvons abject, positivement abject,  la stigmatisation  éhontée de boucs émissaires. Les "ratonnades" qu'elles soient fiscales ou xénophobes, sont insupportables et doivent être dénoncées.

Oui nous trouvons consternant l'absence totale de compréhension des défectuosités françaises, européennes et mondiales et qu'on ne songe qu'à les aggraver ou à ne rien faire.

Bien sûr la politique c'est la capacité d'un clan à porter sur le pavois le plus malin des petits malins du groupe.  Cette logique là est rarement celle de l'intérêt national. Entre "que dois-je annoncer pour être élu" et "que faut-il faire pour le bien public", toute ressemblance ne saurait être que le fruit du hasard et d'une coïncidence improbables et involontaires.

"Cadeaux au peuple" et "dénonciation hargneuse de boucs émissaires" ont été les deux mamelles des élections présidentielles de 2012. Ces élections auront été les pires qu'on puissent imaginer de ce point de vue et déshonorent les deux candidats, M. Sarkozy dont on espère maintenant un long silence et M. Hollande,  dont on ne peut espérer qu'une chose : qu'il trahisse ses promesses inconsidérées.

Oui, nous le disons, ni M. Hollande, ni M. Sarkozy ne sont à la hauteur du poste.  La campagne victorieuse du premier en 2007 laissait voir que son quinquennat serait raté. Il l'aura été. De demi mesures en demi reculs, il ne sera arrivé à rien. La campagne victorieuse de M. Hollande fait craindre le pire.  Il a une personnalité à la Janus : une face aimable et virevoltante qui lui vaut ses succès féminins et l'aura rigolarde du turlupin sympathique prêt à toutes les farces ;  une face dure, volontiers cynique et sectaire, manipulatrice et fuyante, qui  justifie qu'on emmêle tout et rende tout inextricable.

Ceux qui ont été ses maîtres dans le supérieur ou ses superviseurs à la Cour des comptes disent : une couleuvre qui travaille peu et se défile brillamment.  Ceux qui ont subi sa gestion comme Premier secrétaire du PS gardent le souvenir d'une anguille, compliquant tout, divisant pour régner et pourrissant le reste pour se dégager de tous les pièges de la rue de Solferino.

Hollande a le côté Jocrisse de ceux qui fréquentent les riches en prétendant les détester. Il a une passion de lui-même et de sa réussite qui est la même que celle de Sarkozy. Il n'en revient toujours pas d'avoir été élu président, comme Sarkozy après son élection.  Autant dire que la compétence, la sérénité et la hauteur de vue ne seront pas plus au rendez-vous de cette élection qu'elles ne l'ont été de la précédente.

En revanche on continuera de faire feu de tout bois en croyant que l'assommoir fiscal fera passer tous les reniements.

Rappelons notre grille de lecture :

- Il faut réformer le système monétaire international et revenir à un système interétatique concerté de monnaies stables entre elles et ajustables par consensus sous la supervision d'un arbitre fort.

- L'Europe de Maastricht ne marche pas et doit être profondément remaniée avec une réforme radicale de la gouvernance de la zone Euro qui évite de sombrer dans la gestion par la dépression. Sinon ce sera l'explosion de l'Euro et probablement un recul définitif de l'idée européenne.  

- La France doit démanteler son moloch public et baisser radicalement dépenses publics, impôts et dettes, tout en faisant la paix avec son secteur marchand.

Si la politique va dans ce sens, elle est bonne. Sinon, elle aggrave la situation.

On aimerait que F. Hollande nous surprenne avec ce qu'on attend.

Quelles couronnes ne lui tresserions pas !   

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.  



Le chômage structurel en France

Il existe en France un chômage structurel important qui a commencé à s'installer à partir de 1968 et qui a atteint aujourd'hui des proportions gigantesques.

Si on regarde le cycle économique de 8-10 ans, on s'aperçoit que désormais, en phase haute, on ne parvient pas à descendre au dessous de 7% de chômage (définis en termes officiels). En phase de récession on monte à 10%.  En un mot les taux de croissance les meilleurs ne permettent pas de baisser de plus de trois points le chômage. Les catégories au chômage sont toujours les mêmes : les faibles (jeunes, vieux, immigrés, femmes).

Autre regard sur la même réalité, le nombre de salariés dans l'économie française se situe entre 15 et 16 millions selon les statistiques et les définitions. Pour une population de 65 millions d'habitants nous devrions, aux taux usuels rencontrés dans les pays comparables, en avoir entre 22 et 27 millions. Il nous manque donc structurellement entre 5 et 10 millions d'emplois salariés.

Dernier regard sur la même réalité, on constate qu'il y a en France environ 7 millions de personnes en âge de travailler qui vivent en général dans la pauvreté aux marges du système, le plus souvent aux crochets de l'état.

Cette situation est évidemment dramatique et explique en partie le poids de la dépense publique, de la dette, des déficits extérieurs, etc.

Quelles sont les explications possibles de ce chômage structurel ?

1. La préférence pour le non travail et le travail public

- La préférence pour le non travail

Bien que l'habituelle compassion explique que le chômage est toujours subi, il est tout à fait clair que la décision de travailler ou non est largement rationalisée par les ménages concernés. On l'a vu avec l'échec du RSA. Différentes populations préfèrent une vie certes modeste mais sans travail, plutôt que les risques et peines d'une situation où l'on travaille sans gagner plus et en perdant divers avantages. On évoque des ménages étrangers qui viennent pour les allocations diverses : ils gagnent généralement plus à ne rien faire en France qu'à travailler dans leur pays. Mais la majorité des ménages qui font ce calcul sont bien français.  Une des catégories les plus importantes est formée par les femmes isolées avec enfants qui s'installent dans une vie presqu'entièrement subventionnée sans chercher de travail sinon au noir.

A l'autre bout de l'échelle on trouve des ménages qui font le choix temporaire de la non activité en profitant des allocations reçues. Il est devenu très rentable en France de se faire licencier avec des fortes indemnités, qui jusque récemment n'étaient même pas considérées comme des revenus dont non soumises à impôt. On voit donc des cadres même supérieurs, même sur-diplômés, même dans des âges de pleine activité, se mettre en année sabbatique payée par les indemnités  pour une voire deux années.

- La préférence pour l'emploi public

C'est devenu depuis la crise de 74 la tare française. L'essentiel des gros bataillons de l'université cherche son salut dans l'emploi public. Le clientélisme régional et le népotisme jouent dans le même sens dans les provinces. Le député, le conseiller général, le conseiller régional, le maire sont devenus les pourvoyeurs d'emplois locaux où l'on travaille peu pour des rémunérations plus que sérieuses. On sait qu'à Paris les fonctionnaires travaillent environ un jour ouvrable sur deux et qu'on peut se poser des questions sur la réalité de ce travail. Quand on est 50.000 à faire un travail qui n'exigerait pas plus de 15.000 emplois, on ne se foule pas trop. Mais le jardinier municipal de Toulouse n'est pas non plus cassé par un travail excessif. Surtout quand la chasse est ouverte ou quand il faut aller aux champignons.

Cette préférence est symbolisée par le nombre des candidats, et leur niveau, qui concourent aux examens pour certains postes publics. L'ampleur des candidatures pour être postier, avec de nombreux bac+4 ou 5, en témoigne. On forme jusqu'à 25 ans et à grands frais des gens dont l'aspiration est de porter des lettres de boîte en boîte. Du temps de "jour de fête", c'était l'idiot du village qu'on mettait à ce travail par compassion. Maintenant à moins d'une maîtrise de psychologie, il n'y a rien à faire pour avoir le poste !

Une règle de pouce veut qu'un emploi public tue deux emplois privés. Il faut évidemment le financer et qui paie sinon in fine le système non public ?  Le secteur public ne se nourrit pas en autarcie.

Le résultat est connu : nous avons un secteur public totalement disproportionné qui consomme  une part déraisonnable de nos ressources.  La régionalisation a de plus permis un empilement de doublons administratifs sans limite.  Près de deux millions d'emplois publics ont été créés depuis 1974 quand on tient compte des postes dans les associations directement subventionnées par les politiques. En même temps l'emploi marchand a quasi stagné.

 

2. Le SMIC et la surfiscalité

 - Le Smic et les coups de pouce

Nous renvoyons aux autres articles que nous avons écrit sur ce blog sur la question du SMIC.  Un salaire minimum n'est pas en soi une catastrophe. S'il a pour but la protection contre certaines formes de prédations, il est même indispensable. La France avait mis en place, sous l'influence de la droite, un salaire minimum garanti, qui était indexé sur l'inflation et régionalisé. Ce système ne posait pas de problème. En maintenant un avantage de compétitivité il favorisait la décentralisation. Et l'abus restait sous contrôle avec une borne suivant l'inflation. Ce filet de sécurité n'était pas le plus important. Ce sont les accords de branche qui fixaient, en fonction des réalités du terrain, les salaires minima professionnels qui étaient réajustés par négociation en cas d'accord général des parties prenantes.

Le drame viendra du changement de philosophie : le salaire minimum ne devait plus être simplement une sécurité mais un moyen de politique de revenu et un élément majeur de l'énarchie compassionnelle et de la démagogie politique avec les célèbres "coups de pouces". La droite, car c'est toujours la droite qui a été à la manœuvre dans ces affaires, a alors pris toute une série de mesures dramatiques pour l'emploi. L'indexation n'a plus été faite sur les prix mais sur la croissance. La salaire minimal est devenu national. Chaque élection a été l'occasion d'un cadeau national aux salariés. Du coup près du tiers des salariés du privé se sont retrouvés au SMIC ! Toute la hiérarchie des salaires s'est trouvée écrasée. Les conventions collectives se sont trouvées déclassées, les salaires conventionnels trainant  très loin en dessous des valeurs du SMIC. Le dialogue social sur les salaires a disparu. "Tous smicards", tel était le slogan vécu par les salariés.

L'ennui c'est que le salaire étant l'assiette de très forts prélèvements, le salaire net du smicard était accompagné d'un coût du même montant en charges. Le "double fiscal  du salarié français" coûtait aussi cher que le travailleur.

Pour le politique c'était tout bénéfice : il passait pour un gentil et "achetait" le vote des petits salariés. Dans le même temps il réduisait les déficits de la sécurité sociale et engrangeait des ressources fiscales.

Le coup de ciseau sur l'emploi était phénoménal. Pendant trente ans, jusqu'à la détaxation partielle des bas salaires, cette machine à créer du chômage structurel a fonctionné à plein régime.

 

- L'hyper fiscalité

Nous venons de voir que l'emploi salarié était, de tradition en France, surtaxé. La France ruinée par la guerre ne pouvait prélever que sur la richesse en train de se faire. Elle a pris l'argent à la source : sur l'entreprise.

Tant que le prélèvement global est resté à 30-35% du PIB, l'effet sur l'emploi n'était pas trop grave. Mais nous sommes passés après le septennat fiscal de Giscard et après le programme commun de gouvernement socialo communiste à 45% du PIB. L'énormité de ce prélèvement, compte tenu de sa concentration sur l'entreprise et l'entrepreneur, a rendu impossible toute politique de développement économique et réduit comme une peau de chagrin les capacités d'emplois nouveaux.

Compte tenu de son coût le poste de travail devait désormais  être fabuleusement productif pour se justifier.

Et l'entrepreneur avait de moins en moins de ressources disponibles pour son entreprise.

Le capitalisme français était devenu un capitalisme sans capitaux et sans emploi. Inutile d'aller très loin pour comprendre pourquoi il manque 5 à 10 millions d'emplois salariés en France et que nous n'avons pas de Mittelstand à l'allemande, un réseau serré de grosses PME de 500 à 5000 emplois.  Et oublions les PME exportatrices.

 

5. La surprotection de l'emploi salarié et les 35 heures

Une des curiosités françaises est le goût pour le salarié, objet de toutes les tendresses alors que le travailleur indépendant est laissé à la dureté des conditions. L'idée, grotesque, que la salarié est dans une situation de domination et doit grâce à la puissance publique se dégager de ce servage par des mesures outrancières de protection a fait des ravages.  Au lieu que l'entreprise soit un lieu de contrat libre, entre un employeur disposant temporairement d'un emploi possible et d'un employé désireux de le satisfaire pour la durée possible,  c'est devenu un enfer où tout engagement vaudrait à vie sauf indemnisation délirante, étant bien entendu que le salarié aurait toujours raison et ne pourrait pas être réellement commandé, sous peine de risquer la prison pour harcèlement moral.    

La situation est d'autant plus grotesque que l'emploi est concentré pour les raisons dites plus haut sur la qualification, seule condition de la compétitivité, et que le drame des entrepreneurs a toujours été et reste de trouver des collaborateurs compétents et motivés, alors que les talents ont tendance à sauter d'une entreprise à l'autre. La mondialisation a aggravé le phénomène, la compétition pour les talents devenant mondiale.  

Un chef d'entreprise aujourd'hui n'est pas un garde chiourme s'appuyant sur des porions pour exercer d'abusives pressions sur de malheureux esclaves.  Il remet sans arrêt sur le métier la composition d'une équipe gagnante sur des marchés en hyper concurrence.

Les tracasseries administratives et sociales sans limites qui accablent l'entreprise ont eu immédiatement un effet pervers : la fin des CDI ! Les contrats à durée indéterminée ont rétréci au profit des solutions temporaires : CDD, intérim, faux stagiaires, travail au noir etc.  

Quand l'emploi  est laissé à l'appréciation des fonctionnaires-juges, il n'y a plus de politique de l'emploi, mais un sauve qui peut général.

Du coup on retrouve à la marge des conditions d'exploitation exécrables, l'absence d'emplois conduisant les candidats au travail à accepter l'inacceptable.  Qui ne connait des stagiaires (le stage est devenu obligatoire dans le cursus universitaire, fournissant une masse de candidats) travaillant 12 heures par jours et sollicités sous peine d'exclusion de venir travailler gratuitement la nuit, le samedi, le dimanche et les jours fériés ?  Certaines entreprises ont ainsi créé des parcs à stagiaires corvéables à merci faisant du travail à bas prix à la place d'emplois normaux. Quel progrès !  Ne parlons pas des parcs à intérimaires etc.

Sur les 35 heures, mesure dramatique et dont nous ne cessons de payer le prix, nous ne reviendrons pas ici. Tout est dit et connu.

Encore bravo à tous ceux qui ont conduit ses politiques! Le non-emploi  a gagné : le manque à gagner en création d'emplois se compte par millions, pas par dizaines. Mais les manques à gagner ne se voient pas et sont donc hors du champ médiatique et politique.   

 

4. Les conséquences d'une mondialisation sans écluses

L'ouverture totale à la concurrence des pays à bas salaire qui a été le credo invincible des européistes depuis 1973 a été particulièrement problématique pour la France dont la fiscalité pesait majoritairement sur les entreprises. Elle s'est retrouvée sans possibilité de combattre à armes égales avec les autres.

Ajoutons les contraintes d'un Euro globalement flottant et néanmoins globalement surévalué et le drame de l'emploi français est noué.

Il nous reste un quarteron d'entreprises internationales qui font l'essentiel de leurs bénéfices à l'étranger, avec des rémunérations folles pour leur dirigeants. Et une cohorte éparse d'entreprises étranglées, globalement sans trésorerie, avec des taux de marges très faibles, harassées par les normes, les contraintes, les règlementations, les surprotections, dont les propriétaires sont accablés d'impôts qui les force à vendre leurs biens et à ne pas investir, alors que la crise les ruine et que le crédit devient impossible.

Alors les usines ferment les unes après les autres. Le patrimoine français passe aux mains de l'étranger.

Le Français, né malin applaudit des deux mains et crie vive l'impôt !,  non à l'entreprise privée ! , vive l'état !, vive les postes de fonctionnaires !

La France, elle, crève.

 

Peut-on hiérarchiser les causes du non emploi massif que connait la France avec ce manque à gagner colossal de 5 à 10 millions d'emplois marchands ?  

On l'a vu. Toutes ces causes se combinent pour créer un chômage structurel que même la croissance ne pourrait entamer sérieusement.

Pour le réduire il faudrait donc frapper tout azimut et simultanément.

- Il faut revenir à une notion de salaire minimum de protection négocié par branche et hors des pattes des énarques qui nous gouvernent. La politique salariale doit être laissée à la libre négociation entre les partenaires sociaux sans intervention de l'état.

- Il faut revenir à une notion de l'emploi très simple : l'entreprise ne doit que le salaire du salarié tant qu'elle peut l'employer. Les indemnités de licenciement, qui sont une aide sociale au reclassement, doivent être fixées nationalement à trois mois indépendamment de toute autre considération. Si l'entreprise veut aller plus loin pour finaliser une sorte de "golden hello" propre à fidéliser les talents qu'elle emploie, c'est son choix et cela doit rester à la libre appréciation des parties.     

- Il faut indemniser le chômage de façon temporaire et non pas pérenniser les aides permanentes au non emploi.   

- Il faut transférer sur la consommation l'essentiel des charges qui pèsent sur l'emploi

- Il faut réduire la part du secteur non marchand dans l'emploi et donc impôts et dettes.

- Il faut revenir aux quarante heures,, ne pas hésiter pour une retraite par points à 67 ans et laisser le reste aux discussions au sein de l'entreprise.

- Il faut un tarif extérieur commun intelligent aux frontières de l'Europe

- Il faut un euro compétitif.

- Il faut réduire massivement l'état (central et région)  et les institutions de sécurité sociale. Faisons baisser les besoins de financement public qui capturent l'essentiel des ressources du pays et le forcent  à vendre ses actifs à l'étranger.

- Il faut arrêter la gestion par des normes absurdes qui, comme dans le cas de la poule pondeuse, conduise à casser l'emploi pour rien de sérieux.   

Diverses mesures ont été dans le bon sens ces dix dernières années. Mais il y en a eu si peu et si timides !

Le nouveau gouvernement arrête toutes les mesures timides prises par le gouvernement précéédent ou en prend leur contrepied  (retour sur la retraites à 62 ans, fin de la RGPP, recrutement massif dans l'éducation nationale etc.). On accélère la décentralisation. On reparle des coups de pouces "raisonnables" au SMIC. On se lance dans des "ratonnades fiscales" contre les "riches". 

Personne n'a honte.

Nous allons donc consolider le non-emploi en France, sur fond de crise aggravée. Certains croient que la pyramide des âges, marquée par le vieillissement de la population,  va nous sauver. Moins de candidats à l'activité donc plus de chances de trouver du boulot pour ceux qui restent ! C'est exactement l'inverse. Sauvy l'a parfaitement démontré.

Le chômage structurel  va donc encore croître et embellir, désagrégeant le tissu social.

L'oeuf, la poule, la crise et les droits de l'homme

"Du jamais-vu. Biscuitiers, pâtissiers, fabricants de pâtes alimentaires et industriels de la panification sont confrontés à une pénurie d'œufs en Europe. La situation va continuer de s'aggraver, pour atteindre un déficit de 20% en juin, selon le Comité européen de gestion des produits avicoles".

«Malgré les difficultés rencontrées par de nombreux éleveurs pour s'y conformer, la Commission européenne ne tolère aucun assouplissement quant à l'obligation depuis le début de 2012 de mise aux normes des cages des poules pondeuses », regrette la Coordination rurale (CR) dans un communiqué diffusé mardi. Le syndicat « dénonce l'irresponsabilité de cet entêtement, qui conduit aujourd'hui à une pénurie d'œufs en Europe sous prétexte de mieux-être de nos poules européennes».

"La mise aux normes européennes «bien-être» des cages de poules a provoqué une crise de pénurie et logiquement une flambée des prix dans la filière œufs. En raison du coût des investissements, une partie des éleveurs a préféré jeter l'éponge. D'autres ont pris du retard et certains ont opté pour la retraite un peu plus tôt que prévu."

«Il manque 10 % de la production. Le pire est à prévoir au mois d'avril et je ne pense pas que la situation redeviendra normale avant octobre-novembre», commentait, début mars, Alain Le Pimpec, le dirigeant de la casserie d'œufs, Atlantic Ovo. Ses estimations se sont révélées exactes : son entreprise de Kernascléden (56) a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce. Selon le Syndicat national des industriels et professionnels de l'œuf (Snipo), Atlantic Novo traite 200 millions d'œufs par an pour un chiffre d'affaires de 12 M€. Entre 35 et 40 personnes travaillent dans cette société du centre-Bretagne.
La crise est européenne. La première casserie espagnole est en liquidation et deux casseries allemandes en redressement."

"Le Copa-Cogeca attire également l'attention de la Commission, du Parlement européen et des gouvernements de l'UE sur la cherté des aliments, qui représentent plus de 60 % du coût de production d'une volaille. Pour passer cette période difficile, l'industrie demande des mesures exceptionnelles, le temps que le marché retrouve son équilibre".

"Les organisations agricoles et coopératives européennes (Copa-Cogeca) ont averti, le 16 mars 2012 dans un communiqué, que la pénurie actuelle d'œufs dans l'UE accroît le risque d'importations en provenance de pays tiers qui ne respectent pas les nouvelles normes européennes de bien-être des poules pondeuses".

« Alors que 20% des besoins de l'UE ne peuvent plus être satisfaits à ce jour, la Commission évoque la possibilité de recours à des importations de pays tiers (Etats-Unis, Mexique, Turquie), mais relativise en précisant avec légèreté qu'il s'agit « sans doute d'une tendance de court terme, pour répondre à la pénurie sur le marché, plutôt que d'un changement permanent ». Ainsi, les consommateurs devront donc consommer des œufs produits avec des normes de bien-être animal et sanitaires bien inférieures à celles qui étaient jusqu'alors pratiquées en Europe ! Est-ce cohérent  ?», interroge la CR.

"Alors que les éleveurs européens ont investi plus de 5 milliards d'euros dans la mise aux normes de leurs installations et que l'UE bannit la production de ceux d'entre eux qui ne l'ont pas fait, il est absurde de ne pas appliquer les mêmes standards de production aux importations".

"Tous les opérateurs sont exposés au manque de production et subissent de plein fouet la hausse de prix de matière première. On pourrait assister à des défauts de paiement ou à des ruptures de livraisons. Les entreprises qui exportent sur les pays tiers sont les plus touchées car elles subissent une concurrence déloyale". .

On pourrait ainsi continuer les citations de la presse de ces dernières semaines. Toute l'industrie agroalimentaire basée sur la transformation des œufs est en difficulté. En France, la pénurie a déjà coûté plus de mille emplois. Et plusieurs règlements judiciaires s'annoncent après déjà trois ou quatre faillites.

L'affaire est tellement représentative de l'esprit du temps qu'elle en devient exemplaire. Pendant la campagne, tous les candidats la main sur le cœur ont crié "l'emploi, l'emploi, l'emploi". Entre celui qui voulait aller chercher l'emploi avec les dents et l'autre qui voulait le financer avec l'argent des autres, c'est à qui irait le plus loin dans la surenchère.

On a même un Ministre du redressement productif, accordé à un "bavard" professionnel qu'il importait de neutraliser avec un maroquin. C'est dire l'importance du sujet.

Qui parle du redressement de la production d'œufs, protéine peu coûteuse pour temps de crise et de l'emploi des éleveurs ? Parions qu'on ne fera pas du redressement productif au cul des poules !

Et comment le pourrait-on puisque le sujet est hors de portée du gouvernement national.

Nos casseries sont à la casse du fait des tracasseries de la Commission de Bruxelles.

Monsieur "moi président", le très honorable Hollande, n'a rien à en dire, rien à en faire. Ce n'est plus son boulot.

Ah qu'elle était belle cette initiative qui a poussé au vote  unanime de la reconnaissance des droits de la poule. Pendant tout le temps où on discutait de la nouvelle "constitution européenne", les thuriféraires de la chose n'arrêtaient pas de bassiner l'électeur avec la "subsidiarité". L'Europe, c'est pour les choses cruciales disaient-ils. Pas pour les détails auxquels la dimension européenne n'apporte rien.

Nous vivons des temps où la compassion exige la multiplication des "droits à". Pour avoir des "droits de" il fallait une conscience et une autonomie d'action. Pour les "droits à",  la volonté du sujet de la législation n'est pas nécessaire. Alors on a inventé les "droit à" des animaux, à l'image des "droits à" des hommes.  Nous avons depuis 48 une charte internationale pour la prévention et la sanction des génocides. Pourquoi n'aurions pas une charte des droits des animaux  et une charte de la poule pondeuse ?

Quelques philosophes, sans doute ringards, se tuent à répéter qu'il faut hiérarchiser. Mais dans notre relativisme général, la poule vaut bien l'homme. L'examen des questions au gouvernement pendant les années 2000 sur cette question grave des droits de la poule pondeuse à 25 cm2 de plus dans sa cage, montre qu'il n'a pas manqué un parti pour "exiger" du gouvernement qu'il montre dans cette affaire toute sa diligence à faire passer dans les actes internes la merveilleuse directive de 1999.

Ah ! Quelle est belle, qu'elle est généreuse, la voix émue de l'élu(e) prenant la pose à la tribune devant un hémicycle vide pour crier ses exigences, son impatience, sa vertueuse indignation; devant les retards mis à satisfaire la poule pondeuse !

"La puissance de l'homme sur la poule lui commande des devoirs. C'est à la manière dont on traite la poule qu'on mesure le degré d'humanité d'une nation, d'un état, d'un régime. Voici venu le temps des droits de la poule et du citoyen ".  Voici venu le temps des Déroulède volaillers !

Le plus comique dans l'affaire est de voir la Bretagne, anciennement MRP et convertie désormais au socialisme européiste de rosaires et de rosières, frappée la première (mais hélas pas la seule) par l'effondrement de la filière. Le pays de l'or jaune rie jaune, à la grande joie mauvaise des Verts. La madeleine est à un carrefour, en croix et en pleurs.

Quelle serait touchante l'amicale claque du député "farouchement mobilisé pour l'emploi" sur le dos du patron ruiné et l'épaule de ses salariés au chômage et émouvant son discours : "Grâce à nous les poules ont Poule emploi, une jolie norme que nous avons voté à l'unanimité et qui prouve notre souci humanitaire. Elles auront désormais 25cm2 sous les pattes dans les cages agréées. Et vous vous aurez Pôle emploi et 25 cts de l'heure au RSA pour ranger les cages déclassées. Ne dites pas qu'on ne fait rien pour un monde meilleur".

Oh ! La normalisation de la cage n'a pas été une mince affaire. Il fallait au moins trente énarques, une centaine de spécialistes des 2x pays, et quelques Mamamouchi d'importance pour en valider les contours.

-"Mon cher je crois que l'orientation du cul des poules dans cette cage n'est pas absolument optimale"

-"Ma chère, votre sens des droits de l'homme est au plus haut. Comme vous avez raison. Le cul de poule c'est farouchement tendance pour un œuf constitutionnel et garanti par la charte".

- "Mon cher, vous parlez d'or mais je me demande si votre bouche ne commence pas, elle aussi,  à prendre un drôle d'air."

- "Ma chère, me prendriez-vous pour Balladur ? "

Bref, alors que la crise la plus grave depuis 1929 frappe la France, l'Europe, le Monde,  nous, nous cherchons la gloire dans l'affirmation rigoureuse et impitoyable des droits "humains" de la poule pondeuse, au prix du chômage de milliers de personnes dans l'Europe, d'une aggravation de la fiscalité, de la ruine de familles d'entrepreneurs, de l'inflation des prix à la consommation et de déficits extérieurs aggravés.

20% des poules pondeuses ont été abattues en Europe, le plus beau massacre de poules depuis le début du marché commun.

Sûrement en totale conformité avec la charte européenne de l'abattage des  gallinacées.

Quelle belle âme européenne nous avons !

Miam ! Miam ! (en toute subsidiarité).



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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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